Les fiches techniques des box et des routeurs récents affichent des débits à cinq chiffres. Ces nombres additionnent les capacités théoriques de toutes les bandes de l’appareil, dans des conditions que personne ne rencontre chez soi. La nouveauté réelle de la norme 802.11be, celle qui se remarque à l’usage, ne se lit pas sur l’emballage : elle s’appelle le fonctionnement multi-liaison, ou MLO.
Le Wi-Fi 7 apporte trois choses : des canaux deux fois plus larges, une modulation plus dense, et le MLO. Les deux premières demandent des conditions radio quasi parfaites. La troisième fonctionne dans un logement ordinaire et vise la régularité plutôt que le débit maximal.
Trois nouveautés, et une seule qui tient ses promesses au quotidien
Des canaux de 320 MHz, à condition d’avoir la place
Un canal radio, c’est une largeur de spectre. Plus il est large, plus il transporte de données par seconde, exactement comme une route à quatre voies écoule plus de trafic qu’une route à deux voies. Le Wi-Fi 7 double la largeur maximale par rapport à la génération précédente, en passant de 160 à 320 MHz.
Le problème est qu’il faut trouver 320 MHz libres et contigus. Les bandes 2,4 et 5 GHz sont beaucoup trop encombrées pour ça. En pratique, un canal de 320 MHz n’existe que dans la bande 6 GHz, ouverte en Europe entre 5945 et 6425 MHz. Cette portion de spectre laisse la place à un seul canal de 320 MHz, ou à deux si l’on accepte de mordre sur les bords. Autant dire que dans un immeuble où trois voisins font le même calcul, la largeur retombe vite à 160 MHz.
La modulation 4096-QAM, réservée à ceux qui collent au routeur
La modulation détermine combien de bits on fait tenir dans chaque symbole radio. Le Wi-Fi 6 montait à 1024 états distincts, soit 10 bits ; le Wi-Fi 7 monte à 4096 états, soit 12 bits. Sur le papier, cela représente 20% de débit en plus.
Sauf que distinguer 4096 niveaux d’amplitude et de phase demande un signal extraordinairement propre. Il faut un rapport signal sur bruit de l’ordre de 42 dB, ce qui correspond à une distance de quelques mètres du point d’accès, sans mur, sans interférence. Dès que vous vous éloignez, l’électronique redescend automatiquement vers une modulation plus robuste. Le 4096-QAM est donc un argument de fiche produit qui se vérifie surtout dans la même pièce que le routeur.
Le MLO, la seule vraie rupture
Jusqu’au Wi-Fi 6, un appareil choisissait une bande et s’y tenait. Il pouvait basculer du 5 GHz vers le 2,4 GHz si le signal se dégradait, mais ce basculement coupait la connexion pendant quelques centaines de millisecondes, le temps de se réassocier. Sur un appel visio, cela s’entend.
Avec le MLO, l’appareil et le point d’accès établissent une seule et même association logique, qui repose sur plusieurs liaisons radio physiques en parallèle : 2,4 GHz, 5 GHz et 6 GHz simultanément. Les données circulent sur l’ensemble, et la répartition change en permanence selon l’état de chaque bande.
Les trois façons d’utiliser plusieurs bandes à la fois
Le terme MLO recouvre des comportements assez différents, et c’est là que les fabricants entretiennent le flou.
| Mode | Fonctionnement | Ce que ça apporte |
|---|---|---|
| Alternance rapide | Une seule bande émet à un instant donné, mais le passage de l’une à l’autre se fait sans réassociation. | Supprime les micro-coupures lors des changements de bande. Aucun gain de débit. |
| Agrégation | Plusieurs bandes transportent des morceaux du même flux en parallèle. | Additionne réellement les débits, au prix d’une consommation plus élevée. |
| Duplication | La même trame part sur deux bandes, le récepteur garde la première arrivée. | Effondre la latence de pointe. Gaspille de la capacité, volontairement. |
Le troisième mode est le plus intéressant et le moins mis en avant, parce qu’il ne gonfle aucun chiffre commercial. En envoyant la même information deux fois, on s’assure qu’une interférence ponctuelle sur une bande n’a aucun effet : la copie arrivée par l’autre chemin prend le relais. Ce n’est pas le débit moyen qui s’améliore, c’est le pire cas.
Ce que ça donne dans un appartement réel
La différence se mesure sur la queue de distribution de la latence, pas sur la moyenne. Un lien Wi-Fi classique dans un immeuble affiche typiquement 5 à 10 ms de latence médiane, ce qui est très bon, mais avec des pointes régulières à 100 ou 200 ms quand une trame doit être retransmise. Ce sont ces pointes qui provoquent le hoquet dans une visioconférence ou le décrochage sur un jeu en ligne.
Le mode duplication attaque exactement ce problème. Deux bandes indépendantes ont peu de chances de subir la même perturbation au même instant : le four à micro-ondes brouille le 2,4 GHz, le radar météo peut occuper certains canaux du 5 GHz, mais les deux en même temps, rarement. Les pointes de latence deviennent beaucoup plus rares.
En contrepartie, faire fonctionner deux ou trois radios en parallèle consomme. Sur un téléphone, le MLO complet réduit l’autonomie de façon mesurable, et la plupart des appareils mobiles se limitent volontairement à deux liaisons, voire désactivent le mode le plus gourmand quand la batterie descend.
Le maillon faible est rarement le Wi-Fi
Avant d’acheter un routeur pour régler un problème de lenteur, il faut vérifier où se situe réellement le goulot d’étranglement. Dans l’ordre des causes les plus fréquentes :
- Le débit souscrit. Un lien Wi-Fi capable de 2 Gbit/s ne sert à rien derrière un abonnement à 300 Mbit/s.
- Le port Ethernet du routeur. Beaucoup de box conservent des ports à 1 Gbit/s. Tout le trafic filaire y passe, quelle que soit la génération Wi-Fi.
- Le serveur d’en face. Un téléchargement lent vient très souvent de la source, pas du réseau local.
- L’appareil lui-même. Un ordinateur portable de cinq ans reste en Wi-Fi 5 ou 6 quoi qu’il arrive, et négociera au mieux ce que sa puce sait faire.
Le Wi-Fi 7 ne corrige aucun de ces quatre points. Il améliore la liaison entre le routeur et l’appareil, ce qui compte surtout si vous avez beaucoup d’équipements actifs simultanément, ou si vous êtes sensible aux à-coups plutôt qu’au débit brut.
Quand la mise à jour se justifie
Trois situations rendent le passage intéressant. Un logement dense en appareils, où quinze à vingt équipements se disputent le canal en permanence : la bande 6 GHz, encore peu utilisée, offre un espace propre. Un usage sensible à la latence, télétravail en visio quotidienne ou jeu en ligne compétitif. Et un besoin de transferts locaux rapides, entre un ordinateur et un stockage réseau par exemple, à condition que les deux extrémités soient équipées.
Dans les autres cas, le gain perçu sera faible. Un point d’accès Wi-Fi 6 bien placé, sur un canal peu encombré, rendra un meilleur service qu’un routeur Wi-Fi 7 posé dans un meuble fermé au fond du couloir. La physique des ondes ne se contourne pas avec une génération de norme.
À retenir : les 320 MHz et le 4096-QAM sont des arguments de laboratoire. Le MLO, lui, travaille sur la régularité de la connexion, et c’est presque toujours la régularité, pas le débit maximal, qui fait la différence entre un réseau agréable et un réseau agaçant.
