Les fiches techniques d’écrans alignent des nombres qui semblent comparables et ne le sont pas. Une luminance de pointe annoncée à 2000 nits ne dit rien de la luminosité en usage courant, un contraste annoncé à un million pour un ne se mesure pas de la même façon selon la technologie, et le paramètre qui détermine si vous aurez mal aux yeux le soir ne figure généralement nulle part.
Le nit mesure la lumière émise par unité de surface, mais les fabricants annoncent une pointe atteinte sur une petite zone pendant quelques secondes. Le contraste dépend autant de la lumière ambiante que de la dalle. Et la façon dont l’écran règle sa luminosité, en continu ou en clignotant très vite, explique une part importante de la fatigue visuelle.
Les nits, et pourquoi le chiffre annoncé ne vous concerne pas
Le nit, ou candela par mètre carré, mesure la luminance : la quantité de lumière émise par une surface dans une direction donnée. Pour se donner un repère, une feuille de papier blanc dans un bureau éclairé renvoie environ 100 à 200 nits, et un ciel nuageux dépasse largement les 3000.
Le piège tient à la façon dont la mesure est faite. Sur une dalle à diodes organiques, chaque pixel produit sa propre lumière, et la consommation croît avec la surface allumée. Ces écrans sont donc dotés d’une limitation automatique de puissance : ils atteignent leur pointe sur une petite fraction de l’écran, mais redescendent nettement lorsque l’image entière est blanche.
D’où deux chiffres très différents. La luminance de pointe sur une fenêtre de quelques pour cent de la surface, qui sert au marketing et n’a de sens réel que pour les reflets spéculaires d’une image à grande plage dynamique. Et la luminance en plein écran, celle qui détermine si vous verrez quelque chose en plein soleil, souvent trois à cinq fois inférieure. C’est la seconde qui compte au quotidien, et c’est rarement celle qui est affichée.
Le contraste, et l’ennemi qu’on oublie
Le contraste est le rapport entre le blanc le plus lumineux et le noir le plus sombre que l’écran peut afficher. Une dalle à diodes organiques éteint complètement ses pixels noirs, ce qui donne un noir parfait et un rapport théoriquement infini. Les fabricants écrivent alors un million pour un, ce qui est une convention plutôt qu’une mesure.
Une dalle à cristaux liquides fonctionne différemment : un rétroéclairage éclaire en permanence, et les cristaux bloquent plus ou moins la lumière. Le blocage n’est jamais total, d’où un noir grisé. Le rétroéclairage à mini-diodes améliore beaucoup la situation en découpant l’éclairage en centaines ou milliers de zones qu’on peut éteindre indépendamment, sans atteindre la précision du pixel.
La lumière ambiante écrase tout
Voici le point que les fiches techniques ne mentionnent jamais. Le contraste réel perçu ne dépend pas seulement de l’écran, mais de la lumière de la pièce qui se réfléchit sur la dalle.
Dans un salon éclairé, la surface de l’écran renvoie une quantité de lumière qui s’ajoute au noir affiché. Un noir parfait à zéro nit devient, dans ces conditions, un noir à quelques nits, exactement comme celui d’un écran à cristaux liquides. L’avantage énorme sur le papier se réduit à presque rien en plein jour.
C’est pour cette raison qu’un traitement antireflet efficace apporte souvent plus de confort réel qu’un gain de contraste sur le papier. Et c’est aussi pour cette raison que les comparaisons d’écrans faites dans le noir donnent une image trompeuse de ce que vous verrez chez vous.
Le scintillement, le paramètre invisible qui fatigue
Il reste à régler la luminosité. Deux méthodes existent, et elles n’ont pas du tout les mêmes conséquences.
Réglage continu
La première consiste à faire varier le courant qui traverse les diodes. La lumière émise est alors stable dans le temps, comme celle d’une ampoule à filament que l’on atténue. C’est la méthode la plus confortable, mais elle est difficile à mettre en œuvre sur des diodes organiques à basse luminosité : la colorimétrie dérive quand le courant devient faible, et les écarts entre pixels deviennent visibles sous forme de taches.
Modulation par largeur d’impulsion
La seconde méthode consiste à allumer les diodes à pleine puissance, mais par impulsions très brèves, en jouant sur la proportion de temps allumé. Pour obtenir 50% de luminosité, on allume la moitié du temps. La colorimétrie reste juste, puisque les diodes fonctionnent toujours au même courant, et le procédé est simple à réaliser.
Le prix à payer, c’est que l’écran clignote. Ce clignotement est trop rapide pour être vu consciemment, mais le système visuel le traite quand même. Une partie de la population y est nettement plus sensible que la moyenne et rapporte des maux de tête, une fatigue oculaire ou une gêne diffuse après une exposition prolongée.
Deux paramètres déterminent le niveau de gêne. La fréquence d’abord : plus elle est élevée, moins le système visuel la perçoit. Les recommandations de la norme sur le scintillement des sources lumineuses situent la zone sans effet observable au-delà de quelques kilohertz, alors que beaucoup d’écrans de téléphone fonctionnent entre 240 et 480 Hz. La profondeur de modulation ensuite : un clignotement qui descend jusqu’à l’extinction complète est bien plus agressif qu’une oscillation autour d’une valeur moyenne.
Le pire cas, c’est le soir
Détail contre-intuitif et important : le scintillement est maximal à basse luminosité. Puisque la méthode consiste à réduire le temps allumé, une luminosité à 10% signifie que la dalle passe 90% du temps éteinte. La lecture au lit dans le noir, écran au minimum, correspond donc exactement à la condition la plus défavorable que la dalle sache produire.
Ce qu’on peut faire quand on est sensible
- Vérifier la fréquence avant l’achat. Certains fabricants l’annoncent désormais, et des bases de mesures indépendantes existent pour les modèles courants.
- Chercher un mode anti-scintillement dans les réglages d’affichage. Il bascule vers un réglage continu, parfois au prix d’une légère dérive de couleur en basse luminosité.
- Ne pas descendre au minimum le soir. Il vaut mieux réduire la lumière de la pièce et laisser l’écran un peu plus haut, ce qui réduit à la fois le scintillement et l’écart de luminosité entre l’écran et son environnement.
- Éclairer derrière l’écran. Une source douce placée derrière l’écran diminue la contrainte imposée à l’œil, qui n’a plus à s’adapter en permanence entre une zone très lumineuse et une pièce sombre.
- Tester avant de conclure. La sensibilité varie énormément d’une personne à l’autre, et un écran qui gêne quelqu’un peut être parfaitement confortable pour un autre.
Les trois chiffres à regarder en priorité
| Ce qui est annoncé | Ce que ça vaut | Ce qu’il faudrait savoir |
|---|---|---|
| Luminance de pointe | Mesurée sur une petite fenêtre, cas rare | La luminance en plein écran |
| Contraste théorique | Valable dans le noir uniquement | La qualité du traitement antireflet |
| Fréquence de rafraîchissement | Fluidité de l’animation | La fréquence de modulation de la luminosité, qui est autre chose |
La qualité perçue d’un écran tient rarement aux chiffres mis en avant. Elle tient à la luminance réellement soutenue, au comportement face aux reflets, et à la manière dont la luminosité est réglée. Ce sont précisément les trois points sur lesquels les fiches techniques sont le plus discrètes.
